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Mar, Déc
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Editorial: Sauver des vies n’est pas un crime

Editorial: Sauver des vies n’est pas un crime

Éditoriaux

Un mauvais procès que celui que le monde occidental fait depuis un certain temps aux ONG qui portent secours aux migrants. Les Etats accusent ces associations de favoriser un "appel d'air" alors que celles-ci disent suppléer à la carence des États. Mais une question se pose : « y a-t-il un choix à faire entre sécuriser les frontières et sauver des vies ? » Les ONG semblent avoir opté pour la vie.

Un mauvais procès que celui que le monde occidental fait depuis un certain temps aux ONG qui portent secours aux migrants. Les Etats accusent ces associations de favoriser un "appel d'air" alors que celles-ci disent suppléer à la carence des États. Mais une question se pose : « y a-t-il un choix à faire entre sécuriser les frontières et sauver des vies ? » Les ONG semblent avoir opté pour la vie.

Un mauvais procès que celui que le monde occidental fait depuis un certain temps aux ONG qui portent secours aux migrants. Les Etats accusent ces associations de favoriser un "appel d'air" alors que celles-ci disent suppléer à la carence des États. Mais une question se pose : « y a-t-il un choix à faire entre sécuriser les frontières et sauver des vies ? » Les ONG semblent avoir opté pour la vie.

Les pays européens dont l’Italie et la France, qui refusent désormais l’accès de ses ports aux ONG internationales, les somment de ne plus intervenir dans le sauvetage de migrants. Depuis lors la confusion règne en mer Méditerranée. L’Italie par la voix de son très controversé ministre de l’intérieur, le populiste Matteo Salvini, n’arrête plus. Elle a même laissé aux garde-côtes des pays d’Afrique du nord (Maroc, Libye) cette tâche. Non sans conséquences graves sur la vie des migrants.

Année après année, les mêmes dynamiques sont à l'œuvre : de nombreux migrants fuient les conflits et l'instabilité au Moyen-Orient et en Afrique et tentent de gagner l'Europe. Afin de déjouer les contrôles terrestres mis en place par les États européens, ils embarquent en Méditerranée sur des navires de fortune, souvent affrétés par des passeurs véreux, et prennent des risques qui font de ce voyage une question de vie ou de mort. Avec des fortunes diverses et beaucoup de morts. Les associations de défense de migrants ont commencé à compter les morts dès les années 1990. Aujourd’hui elles ne se contentent plus de le faire, elles interviennent directement en mer pour porter secours aux migrants. Tout commence en 2014 : l'opération militaire et humanitaire Mare Nostrum de la marine italienne est interrompue ; son coût est jugé trop élevé pour le gouvernement italien. Elle est remplacée par l'opération Triton, financée par l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex). Mais les ONG ne sont pas rassurées. Elles craignent que cela ne provoque la mort de milliers de migrants. En fait Triton a été conçue pour contrôler les frontières, et non sauver des vies. Et depuis lors rien ne s’arrange en mer pour les migrants.

Il y a quelques mois le Lifeline, de l’ONG allemande du même nom, battant pavillon néerlandais, s’est ainsi vu refuser l’autorisation d’accoster avec des centaines de migrants dans un port italien par les autorités italiennes qui lui ont demandé de s’adresser à la Libye. Le Lifeline avait demandé, dans un premier temps, à être accueilli par la France. La ministre chargée des affaires européennes, Nathalie Loiseau, avait répondu peu que c’était « à l’Italie » de prendre en charge le Lifeline, une semaine après la polémique sur l’Aquarius, refoulé par l’Italie et, finalement, accepté par l’Espagne. Il faut dire que l’intervention des ONG dans les opérations de sauvetage ne se passe jamais sans polémique en Europe.

En décembre 2016, le Financial Times mettait en lumière l'irritation de Frontex : l'agence européenne de contrôle des frontières était en effet réticente aux opérations de sauvetage en mer qui, selon elle, créaient un appel d'air en faisant croire aux migrants qu'il suffit de prendre la mer pour être secourus et transportés en Europe. Pour Frontex, les associations seraient complices des passeurs, et coupables, comme eux, du délit d'aide à l'immigration irrégulière. Ces faits ont conduit la justice italienne à ouvrir une enquête. Le Sénat a même créé une commission d'enquête parlementaire qui, en mai 2017, a conclu au fait que les ONG constituaient un facteur d'attraction (« pull factor ») et qu'elles devraient davantage coopérer avec les opérations de police en mer.

Il va sans dire que l’approche politique européenne de l'immigration est aujourd'hui fondée sur une obsession sécuritaire et un déni des droits fondamentaux, qui montre ses limites. Tous les rapports accusent de Frontex et contestent sa position. Pour « Death by Rescue » publié en 2016 par exemple, la présence de sauveteurs n'accroît donc pas la mortalité ; c'est l'absence d'opération de sauvetage qui augmente le nombre de morts et le risque de décès lors de la traversée. Ceci témoigne des contradictions des politiques migratoires européennes, qui créent un « effet prohibition » : l'impossibilité de se procurer légalement un bien (l'accès au territoire européen en l'occurrence) favorise un marché noir, plus dangereux, dans lequel prospèrent toutes sortes d'intermédiaires plus ou moins scrupuleux. Le renforcement du contrôle aux frontières, notamment terrestres, se solde mécaniquement par une augmentation des prises de risques en mer et donc par une augmentation du nombre de morts.

Derrière ces polémiques, c'est aussi une question de légitimité qui se joue. Qui donc a le droit d'intervenir en mer et de venir à la rescousse des migrants. Frontex défend le droit des États à contrôler leurs frontières et à exercer leur souveraineté. Les associations défendent, elles, une autre vision : étant donné l'incapacité des États à faire respecter certains droits fondamentaux (à commencer par le droit à la vie), il est nécessaire que la société civile intervienne. On note comme une volonté des Etats à décourager ceux qui prennent la mer en risquant leur vie. A plusieurs reprises, Frontex a été accusé d’avoir laissé les migrants mourir pour servir de leçons à tous ceux qui aimeraient s’y aventurer. La charge actuelle des Etats contre les ONG qui ont décidé d’aller sauver des vies en pleine mer sonne comme un aveu de laisser de mourir. Mais il faut aujourd’hui le dire : aussi longtemps que les peuples vivront des situations dramatiques dans leurs pays, rien ne les arrêtera dans leur quête d’une vie meilleure. L’Europe qui soutient certaines guerres hors de ses frontières ne sera plus jamais un ilot de paix et de prospérité à coté d’un monde en proie aux troubles et autres catastrophes. Désormais, et comme l’a si bien dit l’écrivaine franco-sénégalaise, Fatou Diome : « On sera prospères ensemble ou on coulera ensemble. » Aux Occidentaux de choisir.

Le choix ! Ah venons-en. C’est peu dire que celui des électeurs africains pose problème. L’organisation des élections en Afrique est devenue un moment de grande crispation : les processus électoraux sur le continent font généralement l’objet des contestations. Pendant que le vainqueur déclaré se satisfait de la bonne tenue du scrutin, le perdant pointe un doigt accusateur sur les conditions

d’organisation des élections. La contestation est encore plus grande lorsqu’il s’agit de la présidentielle. Cette année encore plusieurs pays africains procèdent, depuis janvier, au renouvellement de leurs dirigeants à travers l’organisation de l’élection présidentielle. Il y a quelques mois au Liberia, l’ex star du football George Weah a été élu à la tête du pays. Ensuite c’était le tour de la Sierra Leone, du Mali, du Zimbabwe et le 7 octobre dernier c’était le Cameroun. La RDC est annoncée pour le 23 décembre. Si on peut se féliciter de la tenue de ces élections sur le continent, à chaque fois la même question revient : ‘’le choix du peuple est-il respecté par tous ?’’ Au regard de toutes les contestations qu’engendrent ces élections sur le continent, faut-il croire que les Africains votent mal ?

Par Simon MOUSSI

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