Afrique: Daouda MBOUOBOUO « Mon cri muet contre l'esclavage »

Afrique: Daouda MBOUOBOUO « Mon cri muet contre l'esclavage »

C'est le cri de la douleur contre l'abject. C'est le cri de la douleur contre la guerre. C'est le cri de la douleur contre la faim. C'est le cri de la douleur contre la maladie. Voilà résumé ainsi l'autopsie du mal qui gangrène le monde.

Mais comment ne pas s'indigner de l'ignominie, cinq siècles après qui refait surface, avec toute l'ossature juridique, des normes éditées pour prévenir, parvenir à circonscrire ce champ. L'esclavage est un crime contre l'humanité il faut le savoir et inscrit en lettre d'or dans la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et ses deux pactes additionnels de 1966, la convention supplémentaire pour l'abolition des formes contemporaines de l'esclavage, La charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Rien ne peut justifier l'esclavage sous toutes ses formes même pas dans le cas d'espèce de la Lybie où on prétend que la fermeture par l'Union européenne de ses frontières est une cause directe quand on sait qu’il y'a tant d'autres foyers de tension dans le monde.

Mais comment ne pas s'émouvoir aujourd'hui alors qu'on n'imaginait que l'esclavage était l'œuvre rare des contes. Nous avons été tous heurtés, choqués, émus en parcourant des livres sur la traite négrière, en visionnant des films comme "Racines" et son héros Kunta Kinte afin que notre mémoire collective retienne. Que tout reste à jamais gravé dans notre subconscient afin que nul n’en ignore.

Quel crime ont-ils donc commis si ce n'est aspirer à un mieux vivre ? Jouir de la liberté d'aller et venir dans le respect d'autrui et sans contrainte particulièrement illégale.

Quel crime ont-ils commis si ce n'est développer l'instinct de survie qui réside en tout homme menacé de guerre, de famine, de précarité qui sont la résultante des mauvaises politiques mises en œuvre dans plusieurs de nos États.

Quel crime ont-ils commis si ce n’est oser croire qu’avec leur fougue, leur jeunesse, ils pouvaient changer la donne d’un quotidien âpre et difficile.

L'Union africaine doit prendre ses responsabilités maintenant, les communautés sous régionales doivent prendre leurs responsabilités maintenant, La société civile...

1) Mesures conservatoires pour faire cesser le trouble en vue des sanctions.

2) Application sans exclusive des conventions bilatérales, multilatérales contre les différentes formes de discrimination non légales (positive act légal en Afrique du Sud)

3) Rendre la libre circulation des personnes et des biens effectifs sur le terrain selon les accords

L'heure n'est pas à la réflexion mais à l'action. Le diagnostic a été fait depuis fort longtemps. Il faut agir, les africains en premier qui par laxisme, égocentrisme, pensent que d'autres le feront à leur place. Il est temps d'agir tout simplement. Nous avons des plates formes institutionnelles pour le faire. Nous disposons d'un impressionnant arsenal juridique en la matière. Nous avons des cadres de coercition, moyens légaux sur lesquels nous pouvons nous appuyer d'ailleurs c'est ce qui est en train d'être fait actuellement par la société civile et enfin nous disposons des régimes des sanctions qui fonctionnent parfaitement. Cela fait des années que nous y avons réfléchi et je précise que les blocages sont le fait des africains eux-mêmes (laxisme, égoïsme, égocentrisme). Lorsqu'un système ne fonctionne pas ou plus normalement on actionne ses leviers dérivés de production.

David Easton l'a bien théorisé dans "son système politique " Celui de la boîte noire. L'heure est donc à l'action. L'intellectuel n'a jamais cessé d'attirer l'attention des hommes politiques sur les dangers liés au fossé creusé par les inégalités sociales. C'est le fondement même de toute discrimination. L'intellectuel est une sentinelle qui avec des éléments scientifiques et techniques propose. Il ne va pas au-delà tandis que la société civile impulse cette dynamique. Il y'a donc une forme de complémentarité qui se crée obligatoirement pour faire avancer la société. Chacun joue un rôle bien déterminé or il peut arriver que l'un soit absorbé par l'autre par le truchement des jeux politiques. On parlera alors de manipulation en vue d'un intérêt particulier. Le politique a besoin de ce déséquilibre pour régner et d’équilibre pour fonctionner, c'est la raison pour laquelle quand l'un des maillons de la chaîne ne joue plus efficacement son rôle, on assiste à des dérives et l'anarchie s'installe. On a tendance à penser qu'il s'agit des défaillances.

Justement lorsque les pouvoirs publics font montre de limites, Il n'y a que la société civile qui en général arrive à suppléer à ces carences en attirant l'attention de l'opinion publique sur un certain nombre d'aspect qui les obligeraient (gouvernants) à rectifier le tir sinon c'est la bascule. Chacun tient et doit bien tenir son rôle pour assurer l'équilibre et le bon fonctionnement du système voire du système politique. Seul l'intérêt général doit être le but recherché pour asseoir un meilleur système. Pour revenir à Easton dans la boîte noire, Il doit exister à tous les instants un équilibre entre les différents pouvoirs afin que l'un ne puisse pas léser l'autre et se retrouver en déséquilibre. C'est l'équilibre ou le déséquilibre fonctionnel des institutions par exemple. Lorsque les gouvernants prennent des décisions, ils ne le prennent légitimement qu'en fonction de leurs intérêts. Il appartient à ceux qui subissent ces décisions si elles sont mauvaises de revendiquer (intellectuels et société civile). C'est le principe des outputs et des inputs...Bref c'est tout ça mal organisé qui conduit à la dérive.

Les conséquences de l’esclavage moderne notamment à l’égard d’une race pour les générations futures sont extrêmement graves. La conscience sera entamée et l’élément psychologique qui existait encore désormais inexistant parce que détruit sus aux invectives les plus sordides. Ainsi se développent des complexes comme celui d’appartenance à une race dite maudite, à une race des éternelles victimes, des marginaux, des éternels assistés. Or il n’en est rien.

L’idéologie la plus forte étendra dès lors ses tentacules en brandissant ses bras de domination qui ne sont rien d’autres que des moyens plus élaborés d’affermissements des sens et de puissances à l’instar de la religion.

L’histoire heureusement est un cycle mais la prise de conscience est déterminante pour infléchir toute tendance.

Daouda MBOUOBOUO,Écrivain /Juriste