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Thomas Sankara et l’Emergence de l’Afrique au XXIe siècle, de Jean-Emmanuel PONDI

Thomas Sankara et l’Emergence de l’Afrique au XXIe siècle, de Jean-Emmanuel PONDI

Jean Emmanuel Pondi vient de classer sur les rayons de bibliothèques et sur Amazon.com son 19 ème ouvrage intitulé : ‘’Thomas Sankara et l’émergence de l’Afrique au XXIe siècle’’. La dédicace de ce livre a eu lieu au Cameroun dans les villes de Yaoundé et Douala les 04 et 05 février 2016 en présence de… Mariam Sankara, préfacière de l’ouvrage et devant un impressionnant gotha intellectuel, politique et journalistique. Notre correspondant permanent à Yaoundé s’est procuré un exemplaire du livre pour nos lecteurs.

Dans son 19è ouvrage sorti fin décembre 2015 aux éditions Afric’Eveil, la jeune maison devenue désormais son éditeur préféré, «Jean-Emmanuel Pondi revisite les objectifs, les moyens et les résultats de la révolution du 4 août 83 au 15 octobre 87. Il établit un parallèle frappant entre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD), d’une part, et ceux du programme du président Sankara, d’autre part.» Ainsi Mariam Sankara, veuve de Thomas et préfacière du livre annonce-t-elle les couleurs. Elle qui a confessé que « ce ne fut pas facile d’accepter cet exercice ô combien difficile ». ‘’Thomas Sankara et l’émergence de l’Afrique au XXIe siècle’’, le 19ème ouvrage de l’universitaire camerounais et spécialiste des relations internationales est un chef d’œuvre historique. L’auteur replonge les lecteurs dans les méandres de la vie socio-économique et politique du Burkina Faso sous le règne du Capitaine Sankara. C’est un livre d’enquête au regard de ses révélations renversantes qui particularisent les 192 pages. Il s’agit d’une véritable interpellation, d’un éveil de la conscience humaine et particulièrement celle des jeunes et des dirigeants actuels du continent africain. Mariam Sankara est plus précise à ce propos dans sa préface : « c’est  un héritage dont les générations actuelles peuvent se servir pour se projeter efficacement dans le futur. »

Jean-Emmanuel Pondi et les éditions Afric’Eveil, c’est désormais une histoire d’amour. Cela fait quelques années qu’ils collaborent. Cette fois-ci, ils sont montés d’un cran avec cette réflexion intitulée ‘’Thomas Sankara et l’émergence de l’Afrique au XXIe siècle’’ séquencée en six chapitres. De l’incipit à la clausule, la dimension prospective de la pensée, de la philosophie et de l’action sankariste est ici minutieusement examinée par l’auteur qui met en évidence des termes axiologiques à charge affectivo-méliorative pour mettre en scène le personnage central de l’ouvrage qu’est Thomas Sankara. Le premier chapitre intitulé : De la Haute-Volta au Burkina Faso : une brève histoire du Pays des hommes intègres, l’auteur explore -comme il le dit lui-même - les différents contextes historiques qui ont prévalu avant la naissance de la Haute-Volta indépendante et qui ont façonné le tempérament et les attitudes de ceux qui sont devenus les burkinabés, à partir de 1984. Evidemment que l’auteur revisite la période coloniale, renseigne sur l’évolution du pays après les indépendances avant d’aboutir sur le coup d’Etat du 4 août 1983 qui renverse le régime du médecin-commandant Jean-Baptiste Ouedraogo.

Mais qui est ce jeune homme qui allait prendre le pouvoir le 4 août 1983 ? Quelles furent les circonstances de sa formation scolaire, universitaire et professionnelle ? Comment se déroula sa jeunesse, avec quel impact sur son parcours ultérieur de militaire entreprenant et d’homme d’Etat révolutionnaire ? Jean Emmanuel Pondi répond à ces interrogations dans le deuxième chapitre qui s’intitule « Jeunesse et formation de Thomas Noël Ouédraogo Sankara.» il le résume en fin de chapitre comme étant « l’homme volontaire, travailleur et entièrement engagé dans les causes qu’il défendait, avec rigueur, en lesquelles il croyait corps et âme. » Le troisième chapitre s’arrête sur les trois piliers de la philosophie sankariste à savoir l’intégrité, l’inclusion et la vision. Analysant le concept d’intégrité chez Thomas Sankara, l’auteur relève qu’il est le seul Chef d’Etat au monde à avoir accepté de siéger publiquement devant une Commission du peuple chargée de la prévention de la corruption pour y déclarer ses biens. L’on attend, depuis lors- poursuit-il- c'est-à-dire depuis le 19 février 1984 à Ouagadougou, de voir se produire à nouveau un événement similaire sur la planète. Concernant l’inclusion sociale dans le Burkina Faso sankariste, le spécialiste des relations internationales reconnait à Thomas Sankara d’avoir inscrit son nom au panthéon de l’histoire politique de l’Afrique du XXe siècle, comme le Chef d’Etat ayant été le plus loin dans la défense de la cause et la dignité de la femme de son pays. Il montre un Sankara préoccupé par la situation de la femme déconsidérée, déshonorée, ravalée au rang de « l’objet ». D’où l’exaltation rhétorique de l’agent féminine dans un jeu de mots poétiques et contrastés ainsi qui suit : « Femme- source de vie mais femme-objet. Mère mais servile domestique. Femme-nourricière mais femme-alibi taillable aux champs et corvéable au ménage, cependant figurante sans visage et sans voix. Femme-charnière, femme-ombre à l’ombre masculine. » Se pose en s’opposant Thomas Sankara qui considère que « ce n’est pas un acte de charité ou un élan d’humanisme que de parler de l’émancipation de la femme ».

Le troisième pilier de la philosophie sankariste traite de la vision d’un développement digne dépourvu de dépendance avilissante. L’auteur souligne que cette vision, frappée du sceau obsessionnel d’une quête d’indépendance économico-financière réelle, se matérialise chez Thomas Sankara, dans son propos sur la dette de l’Afrique, qu’il appelle à ne point payer parce qu’à la fois injuste et odieuse. Il s’agit en effet de son discours prononcé lors de la 25ème conférence du sommet de l’OUA à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 29 juillet 1987. 03 mois après son discours de rupture et qualifié d’osé, l’homme fort du 4 août 1983 est lâchement assassiné le 15 octobre 1987, plongeant la jeunesse africaine dans un désarroi indescriptible.

Qui sont les assassins de Thomas Sankara ainsi que ses camarades de la révolution ? Le lecteur trouvera les éléments de réponses dans le quatrième chapitre titré : « l’élimination de l’homme du 04 août 1983: Causes, conséquences et réactions en Afrique et dans le monde ». Il transparait à la page 104 que l’assassin de Thomas Sankara s’avère être Blaise Compaoré chassé du pouvoir par le peuple burkinabè en fin d’année 2014 et aujourd’hui réfugié en Côte d’ivoire où un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui par les nouvelles autorités du Burkina Faso. Afin qu’il « réponde de ses actes ». Le chapitre 5 évalue les avantages et les inconvénients de la gouvernance publique à l’ère de Thomas Sankara. Il rend compte en termes analytiques, des satisfactions exprimées par une très forte proportion de la population, mais rapporte tout aussi fidèlement, le quelques frustrations ressenties par une relative minorité de burkinabé de cette époque.

« Retour vers le futur : l’idéologie sankariste et l’émergence de l’Afrique au XXIe siècle » ainsi est l’intitulé le dernier chapitre du livre de Jean Emmanuel Pondi. L’universitaire et actuel Secrétaire général de l’Université de Yaoundé I insiste sur l’argument qu’il veut central du présent chapitre qui est le suivant : « en vertu de sa vision prospective, de ses actions décisives et de son esprit d’anticipation au regard du contexte immédiat, l’ensemble des programmes socio-économiques et politiques élaborés par la révolution burkinabé entre 1984 et 1987 ont été repris dans le cadre des 08 objectifs du millénaire pour le développement présentés par l’Organisation des Nations unies le 8 septembre 2000 (soit 13 ans après l’assassinat de l’auteur de ces objectifs ndlr) à New York, lors de la 55ème session de l’Assemblée générale de l’organisation mondiale. Pure coïncidence ou plagiat international ? » S’interroge l’auteur. Même si l’auteur ne se prononce pas de façon explicite sur le sujet, le développement qui s’en suit montre très bien comment les Nations-Unies auraient plagié l’idéologie politique de Thomas Sankara. En bon scientifique, le Pr Jean Emmanuel Pondi confronte chacun des huit objectifs de l’ONU en l’An 2000 et les actions politiques concrètes menées par le régime de Thomas Sankara entre 1984 et 1987 en résonnance avec lesdites prescriptions des OMD.

Thomas Sankara et l’émergence de l’Afrique au XXIè siècle est un cadeau à la jeunesse africaine et au Cameroun, il n’y avait mieux en ce mois de février : le pays célébrait la fête de la jeunesse le 11 du même mois. Ce n’est pas un hasard si le livre est sorti quelques jours avant. Sacré timing ! Le livre de Pondi est riche en histoire, riche en illustration, riche en information paratextuelle. C’est un livre qui raconte l’histoire de l’Afrique et non les histoires en Afrique. « C’est faux, l’idée selon laquelle il n’existe pas de héros en Afrique », aime répéter l’auteur. Il faut donc lire et faire lire le dernier millésime de Jean-Emmanuel Pondi. Ah, qu’il est doux !

Notes de lecture de Hervé TIWA