19
Mar, Jui
29 New Articles

Urgence d’une diversification économique en zone Cemac

Urgence d’une diversification économique en zone Cemac

La chute du cours des matières premières sur le marché international impose une nouvelle orientation des économies des pays de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac) qui dépendent essentiellement des recettes pétrolières.

Depuis près d’une soixantaine d’années, les économies des pays situés au sud du Sahara sont orientées vers la production des produits de rente (café, coton, bois, pétrole brut, fer, bauxite etc.) Alors, que les producteurs ne maitrisent pas les mécanismes de fixation des prix de ces produits sur le marché international. D’où cette préoccupation permanente : comment ces pays peuvent –ils faire des prévisions budgétaires fiables ? Sans la maitrise de leurs recettes budgétaires. Plus grave, les politiques de ces pays ne pensent pas toujours à transformer leurs matières premières sur place. Afin de créer la plus value. Ces pays se contentent de brader leurs produits aux industries occidentales et aux dragons asiatiques. La chute des prix de ces produits (entre autre celui du pétrole brut) sur le marché ces derniers mois vient de démontrer, la fragilité de ce choix économique. Plusieurs pays de la zone traversent une crise de trésorerie très aigue et n’arrivent plus à assurer le financement de leurs importations.

A titre d’illustration, la Guinée Equatoriale, l’un des grands producteurs de pétrole de la sous-région Cemac, présentée, il y a quelques mois, comme un eldorado n’arrive même plus à subvenir à ses besoins en carburant. Alors qu’il y a quelques temps, elle bradait son pétrole aux Occidentaux. Un spécialiste rencontré à Douala au Cameroun est sans concession sur cette question : « l’Afrique doit cesser d’être le continent qui produit ce qu’elle ne consomme pas », déclare-t-il.

Les pays africains en général et en particulier ceux de la Cemac, déboursent des centaines de milliards pour l’importation des produits de première nécessité. Alors qu’ils peuvent produire ce qu’ils consomment. L’importation des produits tels que le riz, le blé, le poisson, le poulet etc. contribue par contre à alourdir le déséquilibre de la balance commerciale de ces pays. La chute drastique des prix de matières premières sur le marché international avec ses conséquences sur les importations en valeur a induit un déficit de la balance courante de la zone Cemac.

Le déficit est plus prononcé au Congo, en Guinée Equatoriale et au Tchad. Si on peut comprendre le cas du Tchad, comment expliquer que la Guinée Equatoriale et le Congo situés en plein forêt équatoriale et ayant pour habitude alimentaire de base qui est le manioc n’arrivent pas à produire ce qu’ils consomment ? Comment peut-on comprendre que la tomate fraiche consommée dans ces deux pays soit importée ?

Le fond monétaire international (Fmi) estime le déficit de la balance courante de la zone à 6,7% du PIB en 2016 contre 9, 2% en 2015. Depuis 2014, on observe dans la zone une forte dégradation des comptes extérieurs des pays induite principalement par les déficits publics avec pour conséquence une diminution sensible des réserves de change. Comment ces pays pourront-ils assurer leurs importations parmi lesquelles les produits de premières consommation ? En effet, dans la plupart des pays de la zone, la baisse des dépenses publiques, s’est traduite par une hausse des biens importés et une sortie de devises liées à la valeur des importations, concomitamment avec la baisse des entrées des devises, notamment celle du pétrole.

Une urgence d’un ajustement vigoureux et structuré

Pour faire face à l’urgence, les pays de la Cemac devraient sans tarder mieux encadrer leurs dépenses budgétaires. Dans le domaine de dépenses de fonctionnement, des efforts devraient être fournis pour maitriser la masse salariale, réduire les dépenses courantes non essentielles, ainsi que les transferts et subventions ? Quant aux dépenses d’investissement, elles devraient être autant que possible orientées vers l’agriculture, plus précisément la production du manioc, du riz, l’élevage et la production halieutique. En fonction des capacités budgétaires et financières à moyen et long termes des Etats.

Les possibilités d’une augmentation des recettes non pétrolières devraient être exploitées à travers la poursuite et l’intensification des reformes et la modernisation d’attribution des terres. Dans cette optique, les administrations des ministères chargées de l’agriculture devront être mieux outillées pour suivre efficacement les projets agricoles. Pour une meilleure structuration des efforts d’ajustement, il est indispensable qu’une attention particulière soit accordée à la qualité de la dépense publique. Et à l’efficience de mesure prises.il est donc urgent de stabiliser les économies de la Cemac en les orientant vers la production agricole. Tout en réunissant au mieux les conditions de leur relance rapide. Et booster l’emploi dans la sous-région.

Par Salomon DOUALA EPALE