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Jeu, Mai

Conférence internationale sur le Sida: entre espoirs et inquiétudes

Conférence internationale sur le Sida: entre espoirs et inquiétudes

Quelque 6.000 spécialistes du Sida se réunissent à Paris du 23 au 26 juillet 2017 pour faire le point sur les avancées de la recherche, qui explore des voies indirectes pour lutter contre le virus, en attendant de parvenir à l'éradiquer ou à trouver un vaccin. Même si les progrès sont réels - en 12 ans, le nombre de morts du Sida a été divisé par deux dans le monde -, la maladie fait encore des ravages, puisqu'elle a tué 1 million de personnes en 2016 (1,8 million de nouvelles contaminations).

Un peu plus de la moitié des porteurs du VIH ont accès aux antirétroviraux

Trente-quatre ans après la découverte du virus du VIH, les chercheurs butent toujours sur sa capacité à se dissimuler dans certaines cellules du système immunitaire, formant des réservoirs viraux qui se réactivent en cas d'arrêt du traitement. Aussi, la recherche s'emploie à maintenir le virus en sommeil le plus longtemps possible, à limiter les effets secondaires des traitements et à améliorer les moyens de prévention. "Éradiquer complètement le virus du corps d'un malade, c'est très difficile, voire impossible", juge Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), un organisme public de recherche américain. "Donc nous nous concentrons surtout sur la rémission sans antirétroviraux", explique ce spécialiste du Sida à l'AFP.

Actuellement, les personnes séropositives doivent prendre tous les jours des antirétroviraux. Ces médicaments apparus dans les années 1990 ont révolutionné la vie des patients. Mais ils présentent encore beaucoup d'effets indésirables (diarrhée, démangeaisons, nausées, maux de tête...) et les fournir tout au long de la vie à des millions de malades revient très cher. Fin 2016, 19,5 millions de personnes y avaient accès, soit un peu plus de la moitié des 36,7 millions de porteurs du VIH, selon l'ONU.

Le coût d'une année de traitement dans les pays à faible revenu varie de 75 euros à plus de 1.000 euros lorsque le traitement de première intention n'est pas efficace, car il arrive de plus en plus souvent que le virus développe des résistances. "Nous ne pouvons-nous permettre de continuer à financer une épidémie d'une telle proportion", avertit Linda-Gail Bekker, chercheuse au Desmond Tutu HIV Centre (Afrique du Sud) et présidente de la Société internationale du Sida, qui organise la conférence à Paris.

L'incertitude américaine sur le financement

D'autant que les chercheurs ont peur d'une baisse des financements de la part des États-Unis, le plus gros contributeur à la lutte contre le Sida, et de loin : ils représentent à eux seuls plus des deux tiers des financements gouvernementaux internationaux (4,2 milliards d'euros en 2016, contre 242 millions d'euros pour la France). Le président Donald Trump a proposé de réduire ces dépenses dans le budget 2018, actuellement en discussion au Congrès, pour un montant global évalué à plus d'un milliard de dollars par l'ONG américaine Health Gap. Autre inconnue : le budget consacré au Pepfar, le programme initié en 2003 par George W. Bush et qui permet à plus de 12 millions de patients de bénéficier de traitements antirétroviraux.

"Des vies risquent d'être perdues inutilement, s'inquiète Linda-Gail Bekker. On ne parle pas d'un simple risque de ralentissement de la lutte contre le Sida : ces coupes budgétaires pourraient entraîner un vrai revirement par rapport aux progrès que nous avons faits." En 2016, 19,1 milliards de dollars ont été réunis par des donateurs publics et privés dans le monde pour la lutte contre le Sida, mais il en faudrait 26,2 pour être sûr d'atteindre en 2020 le but fixé par l'ONU : que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, que 90% de ces dernières soient sous traitement, et que parmi celles-ci, 90% aient une charge virale indétectable.

L'absence remarquée d'Emmanuel Macron

Coalition Plus, Act-Up Paris et Aides ont également regretté l'absence du président français Emmanuel Macron à cette conférence, signe selon ces associations d'un "désengagement de la France (...) comparable à celui de Donald Trump". Pendant la session d'ouverture, plusieurs activistes ont manifesté au moment où la ministre de la Santé Agnès Buzyn allait prendre la parole, brandissant des pancartes et criant "Shame on Macron!" (Honte à Macron) pendant plusieurs minutes. L'agenda présidentiel a depuis été mis à jour pour ce 24 juillet 2017 : à 16h30, Emmanuel Macron recevra les responsables d'associations de lutte contre le Sida. Il leur accordera 30 minutes, avant de recevoir le chanteur BONO, co-fondateur de l'ONG ONE.

Source: AFP