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Mar, Déc
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RDC: Des fesses assaisonnées au…cube Maggi

RDC: Des fesses assaisonnées au…cube Maggi

Qui aurait imaginé que la tablette assaisonnante plus connue sous le nom de « cube Maggi » produite par une entreprise française sur le continent et utilisé pour la cuisine serait aussi utilisée pour grossir le postérieur des femmes. En effet ce concentré d’épices devenu le nouveau sésame des femmes est utilisé par voie anale par beaucoup de femmes à Abidjan comme à Kinshasa pour parfaire leurs fesses. Mais l’utilisation de ce produit n’est pas sans inconvénient sur l’organisme.

En République Démocratique du Congo (RDC), des femmes utilisent le concentré d’aromates comme suppositoire pour arrondir leur postérieur depuis le début des années 90. Certaines de ces femmes s’en servent par voie anale pour arrondir leur croupe, que les hommes, semble-t-il, préfèrent dodue. Au point où un musicien y a consacré une chanson. A sa sortie, la chanson « Ntaba ya Bandundu » est très vite devenue un tube en RDC. Cette rumba de Shiko Mawatu, plus connu comme parolier, traite dans ses grandes largeurs de l’infidélité d’une femme. Mais l’introduction du morceau évoque un sujet tabou. « T’en as déjà mis huit sur les dix qu’il y avait à la cuisine, lance en substance le morceau en lingala. Laisse les deux autres pour assaisonner les haricots. » Hélène se plaint en effet que son amie ait dilapidé le stock de cubes Maggi pour rester au top de sa forme fessière. Le chanteur Koffi Olomide y revient toujours dans ses chansons quand il parle de « ba formes ». Il s’agit des femmes aux postérieurs généreux qu’il aime d’ailleurs exhiber dans ses vidéogrammes. Ces grosses fesses ne seraient pas toutes naturelles.

Des pratiques surprenantes

Certaines femmes introduisent en effet ce concentré d’aromates par voie anale pour avoir le postérieur généreux dont raffole une majorité de Congolais. Elles l’utilisent dans sa forme brute comme suppositoire ou le liquéfient afin de l’introduire plus facilement par le biais d’une seringue. « Les femmes se disent que comme le cube Maggi est plein d’élément nutritifs, si on le place à cet endroit, seules les fesses prendront de la masse », résume Kerwin Mayizo, chroniqueur radio sur RFI et France Inter. Ce spécialiste de la musique souligne que de grands artistes du pays demandent à leurs danseuses d’utiliser le « cube ». Il se remémore des scènes qu’il a vues, des informations qu’on lui a fournies et dresse un emploi du temps type des filles : « Elles restent dans une villa où, le matin, un chorégraphe les fait danser. Vers 10h, elles voient leur conseiller en esthétique qui leur donne des lotions et des produits décapants. Après, on s’arrange pour qu’elles fassent au moins trois repas copieux et très gras. Le soir, le médecin du coin vient avec du Durabolin. Comme au final sur dix filles on n’en garde que cinq, certaines demandent à ce qu’on leur amène du cube Maggi pour mettre toutes les chances de leur côté ». Les résultats de cette pratique ne sont pas toujours garantis.

Mourir pour plaire

L’utilisation de ces produits par voie anale selon Solange Coulibaly, médecin au ministère de la santé à Abidjan, est «une pratique qui peut se révéler dangereuse pour la santé voire mortelle pour les sujets. De nombreuses femmes ont développé des infections, notamment à cause des épices contenues dans le cube Maggi. Les moins chanceuses ont succombé loin des regards». Les hôpitaux enregistrent de plus en plus de cas dus à l’utilisation de ces produits soi-disant grossisseurs de fesse ou de pénis car il faut souligner que certains hommes utilisent aussi ces produits pour grossir leur engin. Le phénomène de l’utilisation des produits miracles pour avoir de belles fesses prend de l’ampleur tout comme la dépigmentation qui est devenue aujourd’hui un fait banal sur le continent malgré les dangers surtout que les autorités ne prennent aucune mesure pour y mettre fin. En attendant, le binôme « dépigmentation – grossir les fesses fait son petit bonhomme de chemin au grand plaisir des hommes qui adorent plus les femmes « belles, claires, fesses arrondies et sexy »

Mes rondeurs, je m’y attache !

Le phénomène existe depuis plus d’une décennie maintenant : les Congolaises cherchent à grossir pour séduire. Critère de beauté sur les podiums internationaux de la beauté, la taille fine ne fait plus recette en République démocratique du Congo. Les jeunes Congolaises se préfèrent plutôt bien en chair pour attirer l’attention des hommes. Ce qui les pousse à user de tous les stratagèmes pour répondre aux critères esthétiques. Souvent au détriment de leur santé.

Il ne fait pas bon être mince, pour les femmes, en cette période de pandémie du sida, en République démocratique du Congo (RDC). On passe trop facilement pour une sidéenne et ce n’est pas agréable dans une société dont les canons de la beauté féminine sont à l’opposé de ceux de l’esthétisme occidental. Les Congolais aiment les formes généreuses. Aussi les femmes se dépensent-elles pour éviter d’être minces ou à l’inverse trop obèses. Interrogées à ce sujet, beaucoup d’entre elles affirment effectivement tenir de la bouche des hommes qu’ils préfèrent les femmes aux hanches arrondies. « Il est vrai qu’une femme à la taille mannequin n’est pas celle qui attire plus les hommes congolais. Nous le remarquons dans la rue et sur les terrasses des débits de boissons. Une femme mince passe pratiquement inaperçue tandis que celle aux hanches généreuses provoque des commentaires admiratifs chez les hommes », explique Christine Tshamala, vendeuse dans un magasin d’habillement. Beaucoup de femmes visitent sa boutique. Pour mieux les servir, elle a installé des miroirs géants où les clientes peuvent, à loisir, s’admirer sous toutes les formes. « Elles sont désespérées quand l’habit qu’elles essaient ne fait pas ressortir leurs formes, les seins et les hanches », confie-t-elle.

La danse Ndombolo au banc des accusés

Le phénomène n’est pas si récent mais ne s’estompe pas non plus. Il a été exacerbé par l’accoutrement des vedettes des danses congolaises modernes. Qualifiées d’obscènes dans certains milieux culturels, ces danses - à l’origine des danses folkloriques - mettent particulièrement en exergue les mouvements des hanches. Telle le célèbre Ndombolo qui, à certains égards, se rapproche du Mapouka ivoirien que beaucoup de télévisions africaines hésitent ont longtemps bannie de leurs antennes. En RDC et en Côte d’Ivoire, ces danses ont occupé la majeure partie des programmes de divertissement sur toutes les chaînes de télévision incitant par contrecoup les jeunes Congolaises et Ivoiriennes à imiter les danseuses, notamment dans leur accoutrement. « C’est en fait le pantalon trop collant des danseuses qui donne cette impression d’obscénité chez certaines personnes. Mais le Ndombolo est une expression corporelle culturelle très normale dans la province de Bandundu, explique Stephane Kwimi, enseignant. Généralement, les danseuses traditionnelles portent les pagnes et personnes ne trouve à redire ». Pareil pour le Mapouka. Mais à Kinshasa et Abidjan, la mode est vite passée aux habits pour le moins près du corps qui laissent apparaitre toutes les formes des femmes. A la grande déception des mères de familles.

Produits vétérinaires

Cela devient de plus en plus un véritable drame chez les jeunes femmes congolaises que d’avoir une taille fine. L’obsession de grossir à tout prix a amené bon nombre d’entre elles à recourir à des produits hormonaux pharmaceutiques dont le Durabolin, un produit vétérinaire pour engraisser le bétail avant l’abattage. Toutes les femmes interrogées affirment ne jamais avoir utilisé ce produit prodigieux, mais toutes sont unanimes pour dire que la pratique est courante chez les femmes à Kinshasa. « Il existe également des vitamines spéciales, explique Clarisse. C’est un processus compliqué. Mais moi je n’ai pas de raisons de m’inquiéter à ce sujet car je suis déjà suffisamment grosse ». Certains hommes ont confirmé se trouver dans la catégorie de ceux qui n’aiment pas les femmes minces. Pour José Mpoyi, homme d’affaires, c’est mental : « On ne sait pas à quoi on s’engage avec une femme mince. Le sida a fait tellement de ravages et nous avons vu beaucoup de nos copains mourir de cette maladie ». José fait partie de ces Congolais qui ne comprennent pas pourquoi les Congolaises se prêtent au concours de beauté, version occidentale. « A mon avis, on devrait organiser deux sortes de concours de beauté. L’un pour les expatriés et l’autre pour le public congolais ».

Dangereux pour la santé

Cependant, toute règle ayant toujours une exception, il y a aussi de ces hommes congolais qui les préfèrent minces et sveltes. Le seul ennui, disent-il, c’est qu’ils doivent se les disputer avec les expatriés. En effet, il n’est pas rare de voir des Congolaises aux allures de top-models, fréquenter plutôt les boîtes de nuits du centre de la ville. Peut-être, les seuls endroits où elles peuvent trouver pointures à leur pied.

Si le Durabolin fait les choux gras des pharmaciens, il y a beaucoup de risques qu’il fasse le malheur des utilisatrices. Le Dr Mujinga dit ne pas savoir exactement quels genres d’ennuis elles encourent mais craint fortement que le produit n’agisse négativement sur l’équilibre hormonal de la femme. Il est par contre curieux que les services publics ne réagissent encore pas contre l’usage de ce produit qui, à tout considérer, n’est pas destiné à la consommation humaine.

A chaque peuple, sa culture

En occident c’est le culte de la minceur qui règne en maître avec des régimes à tout va et des maladies comme la boulimie, l’anorexie et des filles qui font tout pour ressembler à Kate Moss. En Afrique, c’est tout autre chose. On fait la part belle aux rondeurs. Avoir de belles fesses c’est avoir des fesses rondes, volumineuses et sexy alors qu’en occident avoir de belles fesses est souvent associé à des hanches fines avec de petites fesses rebondies. En Afrique c’est la chair, les

formes généreuses qui priment. Elles sont considérées comme l’identité de la femme noire. Résultat pour plaire certaines sont prêtes à tout. Certaines africaines pour ressembler aux danseuses se gavent, d’autres se mettent des crèmes à l’exemple la crème ivoirienne bobaraba (dont la substance et les effets secondaires sont encore méconnus et qui a donné le nom aux femmes qui ont de grosses fesses) ou du Durabolin (ce produit, à la base, est fait pour engraisser les animaux) mais le plus surprenant c’est l’utilisation du cube Maggi.

Pour quels résultats ?

Les résultats de ces pratiques sont mitigés. Chez certaines, le subterfuge fonctionne et les filles ne se privent pas de parader fièrement. A tel point que celles qui sont naturellement dotées d’un petit popotin n’hésitent pas à soulever la thèse du cube Maggi auprès de leur petit ami, quand ce dernier louche de trop près sur la croupe d’une rivale potentielle. Une façon de vanter le naturel et de dénigrer une « tricheuse » présumée. D’autres utilisatrices n’y ont pas trouvé leur compte, à l’image de Clémentine dans le quartier du Plateau à Abidjan. « Mes fesses ne s’élargissaient pas. Tout allait dans mes hanches et mes fesses n’étaient pas si rebondies », se désole cette jeune femme de 27 ans. Du coup, elle a abandonné cette mode. Une mode qui peut se révéler dangereuse pour la santé. De nombreuses femmes ont développé des infections, notamment à cause des épices contenues dans le cube Maggi. Les moins chanceuses ont succombé. Des cas tragiques dont les médias se sont fait l’écho mais n’ont pas découragé les plus irréductibles. Devant la menace sanitaire, des campagnes de sensibilisation ont été menées en Côte d’Ivoire et en RDC. Les dangers sont de plus en plus clairs, surtout dans l’esprit des filles scolarisées. Mais la tentation subsiste chez les plus minces, même instruites. Elles savent que leur silhouette frêle n’est pas un gage de beauté et que, pire, elle peut les faire passer pour des séropositives.

Afrique centrale: Des rondeurs naturelles ?

Le phénomène du cube Maggi est presque inconnu en Afrique centrale. Mais les femmes ne sont pas pour autant minces. Au Cameroun où s’est rendue une de nos équipes, plus de 60% des femmes sont en surpoids. Ici l’embonpoint féminin est attribué à la qualité de vie. Mais faut-il vraiment y croire ?

A la question : « avez-vous déjà entendu parler de l’utilisation du cube Maggi comme suppositoire pour faire grossir les fesses ? », beaucoup de femmes camerounaises semblent surprises et répondent par la négative. Quand on fait une lecture sociologique de la société camerounaise actuelle, on est tenté de remettre ces réponses en doute. Tant les Camerounaises sont de plus en plus rondes et obèses.

D’où vient l’embonpoint des femmes ?

Au Cameroun le cube Maggi n’est pas utilisé comme suppositoire, il est dans les aliments. Une récente étude publiée sur la toile et reprise par les journaux locaux a fait part de la dangerosité du cube Maggi. Selon cette étude, ce produit contiendrait des substances grossissantes et cancérigènes. Et au Cameroun, presque toutes les cuissons sont faites à base de ce concentré d’aromates.

Une descente dans les rues des villes du pays fait observer une obésité grandissante, des femmes aux rondeurs inquiétantes et des hommes avec des ventres bien volumineux. Ange N., 27 ans, est employée de bureau à Yaoundé. Svelte avant la naissance de son premier enfant, Ange est devenue « un petit éléphant » après cette première maternité intervenue l’année dernière.

Par Laure MOKOKO et Depe’s TARA