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Mar, Déc
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Rencontre avec HAMAD KALKABA MALBOUM, Vice-président de l’IAAF, Président de la CAA, Président du CNOSC

Rencontre avec HAMAD KALKABA MALBOUM, Vice-président de l’IAAF, Président de la CAA, Président du CNOSC

A quelques semaines d’une nouvelle élection pour choisir le président de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (Acnoa), le Camerounais Hamad Kalkaba Malboum, challenger de l’inamovible général ivoirien Palenfo à ce poste, se montre réservé quant à sa participation à ce scrutin qui lui permettra de briguer enfin la présidence de l’instance continentale. Lui qui a été victime d’une machination qui l’a écarté de la très controversée élection de l’année dernière. Nous l’avons rencontré à Yaoundé quelques temps après la décision du Tribunal Administratif du Sport (TAS) qui l’innocente dans cette affaire.

Afrik’Actuelle : Il y a encore quelques années, on prédisait que l’IAAF allait mettre la clé sous la porte pour raisons financières. Et depuis quelques temps, elle est accusée de laxisme dans la lutte contre le dopage. Comment se porte la Fédération internationale aujourd’hui?

Hamad Kalkaba Malboum : La fédération internationale d’athlétisme, sans aucun jeu de mots, se porte bien à ce jour. C’est une grande structure qui vient d’ailleurs de prouver, à travers les derniers mondiaux tenus à Londres en 2017, que l’athlétisme est un grand sport qui fédèrent les peuples à travers le monde mais surtout qu’elle est capable d’organiser de grands événements. Il y a effectivement quelques années une certaine opinion prédisait une faillite de l’IAAF. Mais il faut dire ici que c’était une opinion relativement pessimiste. Elle venait d’ailleurs des Occidentaux exclusivement. Ceux-ci ne voyaient pas alors l’immense travail qui était abattu de l’intérieur par ceux qui étaient aux affaires à cette époque. Mais nous savions que l’IAAF allait vit rebondir. Nous avons réussi à rééquilibrer les comptes de la fédération et signé des partenariats avec d’autres structures qui nous accompagnent désormais. A ce jour les perspectives sont plutôt prometteuses.

Les pays comme le Kenya mais surtout la Russie ont été accusés d’avoir mis en place des systèmes de dopage généralisé. Comment l’IAAF tente-t-elle de combattre le dopage aujourd’hui dans l’athlétisme ?

Il faut de prime à bord savoir que l’IAAF est la fédération internationale qui combat le plus le dopage dans le sport à l’échelle mondiale. Nous avons mis sur pied toute batterie de mesures et de procédures pour aller en guerre contre ce fléau notamment un système très efficace de détection inopinée et des passeports biologiques. Et chaque fois que nous sommes devant un cas avéré de dopage, nous n’hésitons pas à sanctionner les coupables. La durée des sanctions est d’ailleurs passée de deux à quatre ans. C’est pour dire jusqu’où nous sommes allés dans la lutte contre le dopage au sein de l’IAAF. S’agissant de la Russie, elle a été suspendue des activités de la fédération depuis 2016. Quant au Kenya, il ne peut pas être démontré que ce pays a des moyens de mettre sur pied un système de dopage généralisé. Je dénonce régulièrement le regard que portent les Occidentaux sur les performances des Africains. C’est un peu embêtant de savoir que ces performances ne sont pas toujours acceptées comme il faut. Elles font toujours l’objet d’un quelconque soupçon. Certes, on peut trouver parmi les athlètes kenyans qui, poussés par leurs encadreurs, veulent parfois améliorer leurs performances en cédant à la tentation de prendre des produits dopants. Mais ceux-là savent bien ce qu’ils risquent. Ils sont vite détectés et sanctionnés. Si en Russie les enquêtes indépendantes ont pu montrer que ce pays a mis sur pied un système de dopage directement ou indirectement soutenus par les autorités publiques, le Kenya, par contre, ne saurait avoir de tels dispositifs. Je trouve excessif qu’on veuille sanctionner tout un pays parce quelques ressortissants de ce pays ont été reconnus coupables de faits de dopage. On a connu des cas de dopage avérés aux Etats-Unis avec les Marion Jones, on n’a pas pour autant sanctionner ce pays. Il faut des mesures justes pour tout le monde.

Vous êtes le vice-président de la Fédération internationale en charge du développement des infrastructures sportives, quel bilan faites-vous de votre action depuis que vous êtes à la tête de ce département à l’IAAF ?

Mon premier bilan au sein de la fédération internationale est le fait d’avoir réussi à mener cette structure à revoir l’axe du développement. Avant c’est l’organe en charge du développement qui décidait où intervenir dans le monde. Nous avons renversé la donne. Aujourd’hui ce sont les pays qui souhaitent développer leurs structures qui en font la demande. Ceci limite les risques de favoritisme. Désormais nous soutenons les fédérations qui nous sollicitent et en retour nous mettons à leur disposition des fonds appelés les dividendes olympiques pour couvrir et satisfaire leurs besoins.

‘’La décision du TAS me suffit. Elle a rétabli la vérité et mon honorabilité’’

Chaque année nous donnons aux fédérations nationales une somme de 25.000 dollars. Sur 4 ans cela fait 100.000 dollars. C’est pour résoudre les problèmes spécifiques liés à leur développement. S’agissant des infrastructures, il faut signaler que nous avons un programme de développement des infrastructures qui met l’accent sur la construction des pistes d’athlétisme. Mais la construction des infrastructures, il faut le souligner avec force, incombe à chaque Etat. Nous apportons tout simplement une contribution visant à soutenir les comités olympiques nationaux et les fédérations nationales d’athlétisme. Beaucoup de pays dans le monde ont bénéficié, à ce jour, de notre programme de développement des infrastructures dont une cinquantaine en Afrique. Le Cameroun par exemple en fait partie. Nous allons dans les jours à venir, construire une piste à l’Université de Douala. Tous les fonds nécessaires sont déjà disponibles.

Il n’y a jamais eu de mondiaux en Afrique et aucun meeting de la Diamond League ne s’est tenu sur le continent. A propos, l’ancien Président de l’IAAF Lamine Diack disait ceci en 2015 :« C’est d’abord une question de budget. Il faut trouver une ville qui accepte de dépenser des dizaines de millions de dollars pour organiser un meeting ou des championnats du monde. (…) Cela n’était pas une priorité de mon mandat. Je ne me voyais pas demander à une ville de dépenser 50 millions pour un événement, alors que peu de choses étaient faites en termes de développement dans le pays. Ce n’était pas l’essentiel. » Trouve-t-on aujourd’hui sur le continent une ville capable d’accueillir les mondiaux d’athlétisme ?

Il y a aujourd’hui en Afrique plusieurs villes capables d’accueillir les mondiaux d’athlétisme. M. Lamine Diack le disait à son époque et dans un contexte particulier qui n’était pas favorable à l’organisation des championnats du monde d’athlétisme sur le continent. Mais depuis lors les choses ont évolué. Il faut se rappeler que quand la coupe du monde football a été attribuée à l’Afrique du sud, il y a eu comme un lever de bouclier contre ce pays. Beaucoup estimant qu’il n’avait pas la capacité d’organiser ce genre d’événement. Mais de l’avis des experts, ce fut l’une des coupes du monde les plus réussies, les plus populaires. Ce n’était donc pas un problème d’infrastructures qui guidaient l’attitude de ceux qui étaient réticents à une coupe du monde en Afrique. Le problème était ailleurs. C’est ce problème qu’on retrouve au niveau de l’athlétisme. On trouvera toujours des arguments pour refuser à l’Afrique ce qui lui revient de droit. Sinon les pays comme le Kenya, l’Egypte ou l’Afrique du Sud, le Maroc, le Nigeria qui ont d’ailleurs une grande culture de l’athlétisme disposent des infrastructures capables d’accueillir les plus grandes compétitions du monde. J’en veux pour preuve les championnats du monde des cadets, c’est—à-dire les moins de 18 ans, organisés à Nairobi au Kenya en juin 2017. Il y avait 60.000 personnes au stade tous les jours. Ce fut un succès populaire. Le Kenya a d’ailleurs accepté d’organiser cette compétition dans la perspective des championnats du monde seniors en 2025. Je n’ai aucun doute sur la capacité des villes africaines d’accueillir les championnats du monde d’ici là.

En mars dernier la Confédération africaine d’Athlétisme a lancé une série de meetings dénommés ‘’African Athletics Tour’’. A quoi renvoie ce concept ? Quel est le but recherché? Les premiers résultats sont-ils satisfaisants ?

La plupart des meilleurs athlètes africains sont obligés d’aller en Europe faire des compétitions pour gagner un peu d’argent. Il nous a semblé nécessaire et impératif de créer un circuit qui réunirait, à chaque fois, les meilleurs du continent qui se trouveraient pour faire la promotion et gagner aussi de l’argent par la même occasion. Ce principe a été retenu et a commencé à fonctionner dans certaines villes comme cela a été le cas à Asaba au Nigeria en juillet dernier. Mais il sera véritablement fonctionnel en 2019 avec six meetings notamment en Algérie, au Nigeria, en Ethiopie, au Congo-Brazzaville, en Afrique du Sud. Ce sont des pays qui ont une certaine culture de l’athlétisme et disposent des infrastructures capables d’accueillir des événements de cette envergure. Ce sont aussi des pays avec un background économique substantiel capable d’attirer les sponsors africains. Les opérateurs économiques africains doivent apprendre à soutenir l’athlétisme africain. Ils doivent apprendre à soutenir les performances sportives africaines. Ces performances sont l’expression du talent et du dynamisme de la jeunesse du continent.

Les centres de développement d’athlétisme ont été récemment mis en place par l’IAAF sur le continent africain et placés sous la tutelle de la CAA. Comment vont fonctionner ces centres et quels problèmes viennent-ils résoudre ?

Nous avons un audit des centres qui existaient avant et nous nous sommes rendu compte que nous pouvons et devons faire mieux. Prenons le cas des deux centres qui existaient à Dakar au Sénégal. Ils formaient séparément les athlètes, les entraineurs et les arbitres. Nous les avons fusionnés pour obtenir une seule entité qui va désormais s’occuper de la formation et l’encadrement de tous ces acteurs. Tous les autres centres qui étaient dans cette situation ont été restructurés. Nous avons de créer des partenariats avec des universités qui sont très souvent un vivier de sportifs de haut niveau. Aussi voulons-nous donner la chance à certains de nos athlètes d’allier sport et études. Et les universités nous offrent cette opportunité. Dans certains pays comme le Maroc, la fédération d’athlétisme dispose de plusieurs académies. Il était de bon ton de s’approcher de cette fédération pour tirer avantage de ces infrastructures pour former nos athlètes sur place et les maintenir sur le continent. Quand nous envoyons nos athlètes se former en Occident, ils finissent par choisir la nationalité des pays qui les accueillent et c’est l’athlétisme africain qui en sort perdant.

Dans l’affaire qui vous opposait à l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (Acnoa), le tribunal arbitral du sport (TAS), instance en charge des contentieux dans le domaine du sport, a rendu son verdict en mai dernier et vous a donné raison. Mieux il condamne l’Acnoa à vous verser une importante somme pour compenser les frais que vous avez supportés lors de ce procès. Quel est votre sentiment après ce verdict ?

Je suis satisfait et soulagé après cette décision du TAS. Je suis vraiment heureux d’avoir gagné ce procès parce que j’avais mal vécu cette grave injustice à mon endroit. Finalement j’ai eu raison de chercher réparation auprès de l’instance indiquée pour ce genre d’affaires.

Vous êtes connu comme un homme intègre, rigoureux et travailleur mais les informations obtenues au Cameroun, votre pays, pointent certains de vos compatriotes comme les vrais auteurs de cette cabale contre vous. Que vous reprochent-ils ?

En réalité je ne sais qui était derrière cette et je ne connais pas leurs vraies motivations. Ce que je sais, par contre, c’est que les documents qui ont servi pour m’éliminer de la course à l’Acnoa et ceux qui devraient servir pour me faire perdre toutes mes responsabilités régulières sont partis du Cameroun. Quelqu’un s’est employé à mettre à la disposition de mes adversaires tous les éléments qui, pensait-il, étaient nécessaires pour m’abattre. Tous ceux qui étaient engagés dans cette entreprise, je laisse leur conscience les juger. La décision du TAS me suffit. Elle a rétabli la vérité et mon honorabilité. Cette décision, contrairement à ce que j’ai entendu, efface toutes les sanctions parce que les fautes à moi attribuées n’ont jamais existé au sens de la réglementation.

Les sanctions prononcées contre vous par l’Acnoa étant à présent effacées, comptez-vous briguer à nouveau le poste de président de l’association continentale ?

Je me prononcerai le moment venu sur ma volonté de participer ou de ne pas participer à la prochaine élection du président de l’Acnoa. Pour l’instant j’attends les résultats de la commission des reformes qui a été mise en place le 3 novembre 2017 à Prague. Elle est chargée d’évaluer la gouvernance de l’Acnoa et de proposer de nouvelles règles et conditions de candidature.

Vous êtes Vice-président de l’IAAF, président de la CAA et président du CNOSC. Comment gère-t-on toutes ces structures au même moment ?

Je bénéficie d’une organisation qui me permet d’être présent partout. Il faut bien savoir qu’un président d’uns structure aussi petite soit-elle ne gère pas seul. Il y a toujours une organisation de la gouvernance qui fait que plusieurs acteurs ont un rôle à jouer dans la structure. Le président est là pour assurer la coordination. Je ne suis pas celui-là qui prend la houe et le matin il est au champ de manioc. L’après-midi il est au champ de maïs et le soir il est au champ de macabo. J’ai des collaborateurs qui m’accompagnent au quotidien dans l’accomplissement de mes responsabilités.

Propos recueillis par SIMON MOUSSI